HCIM 2026 : les Cliniclowns, des « partenaires de soins » à part entière

La délégation Cliniclowns belge au HCIM 2026

À la mi-mars, Lausanne était le cœur battant des organisations et des professionnels qui utilisent le clown et le jeu dans le domaine des soins. Lors du Healthcare Clowning International Meeting (HCIM) 2026, 684 participants venus de 46 pays se sont réunis autour d’une ambition commune : humaniser les soins grâce à l’imagination et à la rencontre. Cliniclowns Belgique était bien sûr présent et a animé un atelier inspirant.

Rapprocher le clown et les soins

Avec 139 présentations et ateliers, le HCIM 2026 a proposé un programme riche où de nouvelles formes de collaboration entre les clowns dans le domaine des soins, la médecine et la science ont été largement explorées. Le congrès s’est transformé en un lieu d’échange, de réflexion et d’inspiration. « Cette édition a été riche en énergie et en dialogue. Elle a créé un espace pour tisser des liens au-delà des frontières et des disciplines, et pour redéfinir le rôle de l’art et du jeu dans les soins », explique Miriam Bass Costantini, chef de projet de HCIM 2026.

Cela souligne une évolution claire : les activités artistiques dans le secteur des soins de santé gagnent en reconnaissance et en professionnalisme, et sont de plus en plus souvent considérées comme un complément à part entière du parcours de soins.

Cliniclowns en action en psychiatrie

Cliniclowns a également contribué activement à cet échange international. Nos clowns Filou (Bart), Bizou (Katrijn) et Biscuit (Thierry) y ont animé un atelier sur le jeu dans le contexte d’un hôpital psychiatrique. Saartje, directrice artistique de Cliniclowns Belgium, raconte :

« Quel était l’objectif central ? Créer un espace de jeu sécurisant dans lequel les enfants peuvent renouer le contact, avec eux-mêmes, avec le clown et avec leur environnement. Cette sécurité commence bien sûr avant même le jeu : grâce à une collaboration étroite avec l’équipe soignante, à des moments de visite fixes et à des accords clairs, ainsi qu’à un briefing et un débriefing minutieux. C’est au sein de cette structure sécurisante que naît un espace de liberté. Les rituels et les repères, tels qu’une zone de jeu fixe ou des éléments ludiques récurrents, apportent un soutien, tandis que la répétition invite justement à l’approfondissement. »

« Avec cet atelier, nous voulions surtout souligner une fois de plus à quel point il est essentiel de considérer l’enfant indépendamment de son diagnostic. Nous trouvons tellement important d’aborder chaque enfant dans l’ici et maintenant, en prêtant attention à son expérience et à ses possibilités uniques. En même temps, la connaissance de troubles tels que le TDAH, l’autisme ou les problèmes d’attachement nous aide bien sûr énormément à mieux adapter le jeu. »

« Nous utilisons notre jeu de manière consciente et ciblée : en faisant appel à tous les sens, avec du matériel très simple comme des instruments ou des objets tactiles, et en laissant toujours la place de se perdre et de revenir. Nous inversons également les rôles : ce n’est pas l’enfant qui doit « participer », mais le clown qui se montre vulnérable et curieux. En « ne sachant pas » et parfois même en ne suivant aucune logique, nous créons un espace dans lequel l’enfant donne lui-même du sens et peut prendre les rênes. »

Qu’ont retenu les Cliniclowns Filou, Bizou et Biscuit ?

Katrijn, Bart & Thierry : « C’était très agréable de voir qu’il y avait autant d’intérêt : notre atelier était complet et s’est avéré être un succès. Au début, nous avons demandé aux participants de mimer et de revivre certains comportements typiques des enfants en psychiatrie : faire des câlins, être anxieux, sauter sur place, … tandis que nous étions dans notre rôle de clowns ou jouions le rôle d’un accompagnateur. Ce jeu a donné le coup d’envoi à une multitude de questions de la part du public. »

« Cela nous a donné l’occasion de parler spontanément de notre travail à l’UKJA (Service universitaire de psychiatrie infantile et juvénile d’Anvers) et à La Petite Maison à Chastre. À l’UKJA, nous jouons pour des enfants en bas âge, qu’ils soient en consultation externe ou en séjour prolongé. Nous y faisons souvent un jeu d’improvisation, en tête-à-tête avec l’enfant et un accompagnateur. À Chastre, nous jouons également pour des enfants du primaire jusqu’à environ 14 ans ; ces enfants y restent toute une année scolaire. Nous y donnons chaque mois un petit spectacle autour d’un thème spécifique pour un petit groupe d’enfants. »

« Ce qui m’a frappé : il y avait beaucoup de curiosité et d’admiration pour la relation que nous, les Cliniclowns, avons entre-temps établie avec les accompagnateurs et le personnel en psychiatrie infantile. Cette collaboration et ce contact sont vraiment essentiels avant que nous puissions jouer. Beaucoup de choses se passent différemment par rapport à un service pédiatrique ordinaire, même le briefing : en psychiatrie, nous le faisons avant et après. Le jeu des clowns fait vraiment partie du matériel d’observation et se retrouve donc souvent dans le dossier des enfants. »

« Ce congrès était axé sur l’avenir des clowns dans le secteur des soins, afin qu’ils deviennent des partenaires à part entière au sein de l’équipe soignante. Bien plus qu’un simple « plus » ou une distraction : un « partenaire de soins » à part entière. C’est quelque chose que nous, les Cliniclowns, sommes déjà en psychiatrie infantile, mais vers quoi de nombreux hôpitaux font encore leurs premiers pas. »

« Un défi que nous avons identifié pour l’organisation : mener davantage de recherches sur l’effet fondé sur des preuves de notre jeu de clown, y compris en psychiatrie infantile. De nombreux chercheurs étaient présents au congrès : leurs travaux scientifiques sont très importants pour les clowns dans un contexte de soins afin de pouvoir convaincre les hôpitaux de notre force. Une fois convaincus, ils sont plus enclins à nous intégrer dans leur équipe soignante. La qualité des soins s’améliore grâce à notre contribution en matière de régulation des émotions, de réduction de l’anxiété, etc. Nous aidons à prévenir les traumatismes chez les enfants à l’hôpital et leur redonnons un peu de force. »

« C’est tellement agréable de voir l’organisation d’un véritable congrès de clowns : avec des moments sympas et détendus entre des conférence et des ateliers sérieux et approfondis. On a yodlé, dansé, mais on a aussi travaillé dur. »
Katrijn alias le clown Bizou

Le jeu du clown dans le domaine des soins : scientifiquement prouvé

Heureusement, le congrès a déjà accordé une grande attention aux études scientifiques sur l’impact des interventions de clowns sur les enfants hospitalisés.

La neuroscientifique Solange Denervaud, en collaboration avec les Giggle Doctors de la Fondation Théodora, a notamment étudié ce qui se passe dans le cerveau des enfants lors des visites de clowns à l’hôpital. À l’aide d’IRM, elle a pu démontrer que ces interactions ont des effets mesurables sur les processus tant émotionnels que cognitifs.

Ces résultats confirment ce que des organisations telles que Cliniclowns constatent depuis des années dans la pratique : le jeu et l’imagination jouent un rôle crucial dans le bien-être des enfants. Parallèlement, cette étude marque une étape importante vers une reconnaissance scientifique accrue de l’art dans le domaine des soins de santé.

HCIM en chiffres

De HCIM 2026 a également mis en évidence l’étendue et la diversité du domaine aujourd’hui. Les participants provenaient de 46 pays différents et représentaient des profils variés :

  • 47 % d’artistes en milieu de soins
  • 37 % de profils de gestion et d’administration
  • 8 % de professionnels de la santé
  • 8 % de chercheurs

Cette diversité favorise un formidable échange d’idées et ouvre de nouvelles perspectives de collaboration. Avec 139 sessions et 142 organisations participantes, il a été une nouvelle fois confirmé que le clown dans le domaine des soins n’est plus une niche, mais un mouvement international en pleine expansion.

Mission (commune) accomplie !

Notre conclusion finale sur le congrès HCIM à Lausanne ? « Ce fut une édition fantastique : très instructive, inspirante et fédératrice », déclare Saartje. « Notre atelier a également été très bien accueilli et s’inscrivait parfaitement dans les thèmes plus larges qui animent la scène internationale. Je suis en outre très heureuse que nous soyons venus au HCIM avec le thème « le clown en psychiatrie » : c’est un domaine de niche, et avec plus de 20 ans d’expérience, nous pouvons être fiers du rôle que nous pouvons jouer dans ce type de parcours de soins. »

Jan et André Poulie, fondateurs de la Fondation Theodora, sont eux aussi ravis après le HCIM 2026 : « Pour nous, cette conférence est le fruit de près de 40 ans de travail visant à développer et à professionnaliser les organisations d’artistes professionnels dans le domaine des soins. C’est formidable de voir autant de personnes venues du monde entier construire ensemble des soins de santé plus humains. »

Vous souhaitez découvrir l’ambiance du congrès ou en savoir plus sur HCIM 2026 ? N’hésitez pas à consulter leur site web.